« Pour vivre en harmonie, il faut se connaître! » – Madeleine Meilleur

Oublions un instant le stéréotype des sénateurs endormis qui se la coulent douce à Ottawa aux frais de l’État. Oublions aussi ces autres Sénateurs affamés qui sont venus bien près d’éliminer des Pingouins sur les patinoires ce printemps (c’était serré)! Voyons plutôt le travail de sénateurs dégourdis qui ont reçu cette semaine la visite de Madeleine Meilleur, candidate choisie par le premier ministre pour succéder à Graham Fraser au poste de commissaire aux langues officielles du Canada.

La nomination récente de Mme Meilleur pour devenir la prochaine commissaire aux langues officielles a fait jaser partout au pays. À voir les informations ce matin, on peut dire que son passage devant les membres du Sénat hier continuera d’alimenter les débats dans les communautés linguistiques en situation minoritaire.

Stop! On ne fera pas de politique ici; il y a des gens beaucoup mieux payés (et beaucoup plus habiles) qui se font un plaisir de le faire pour nous. Allons simplement voir comment Mme Meilleur a répondu aux questions des sénateurs lors du comité plénier du 5 juin 2017. Cette dame pourrait très bientôt représenter les intérêts de milliers de francophones hors Québec après tout!

J’ai retenu quelques passages de la présentation ou des réponses de Mme Meilleur au Sénat. Pour l’ensemble du texte, les questions des sénateurs à propos du processus de nomination, les justifications politiques et autres dégourdissements intellectuels : c’est ici. La visite de Mme Meilleur a duré 90 minutes. Voici donc ma sélection condensée des propos de la candidate :

  1. « (…) Durant toute ma vie publique, la dualité linguistique du pays a été pour moi une source d'inspiration et d'engagement. »
  2. « Sur le plan des langues officielles du Canada, je crois offrir une expertise unique. Au cours de mes 12 années à titre de ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario, j'ai établi et maintenu des liens de collaboration à travers toute la francophonie canadienne et j'ai noué des relations étroites avec mes collègues des autres provinces. Sur le plan national, de 2003 à 2015, j'ai participé sans exception à toutes les conférences fédérales, provinciales et territoriales de la francophonie. Sur la scène internationale, j'ai assisté à trois sommets de la Francophonie. »
  3. « Pour ce qui est des communautés de langue officielle en situation minoritaire, la croissance passe par l'immigration. Le gouvernement fédéral s'est fixé des objectifs en ce qui concerne le recrutement d'immigrants francophones dans les provinces et territoires situés à l'extérieur du Québec, leur accueil, leur intégration, leur formation et leur maintien. Le commissariat suivra l'évolution de ce dossier afin de s'assurer que le gouvernement respecte les objectifs qu'il s'est donnés. »
  4. « Le Canada célèbre cette année le 150e anniversaire de la Confédération. Alors que les célébrations doivent refléter les deux langues officielles et l'histoire des deux peuples fondateurs de notre pays, le commissariat doit veiller à ce que les ministères et les agences tiennent pleinement compte de leurs obligations linguistiques dans le cadre des activités et des services qu'ils offriront au public. »
  5. « La Loi sur les langues officielles aura 50 ans en 2019. Il sera très important que le commissariat collabore pleinement avec le secrétaire du Conseil du Trésor et avec Patrimoine canadien afin de moderniser la loi et d'utiliser les nouvelles technologies pour étendre les services du gouvernement à une plus large population dans les deux langues officielles. »
  6. « La dualité linguistique est illustrée par les deux peuples qui vivent en harmonie. Pour vivre en harmonie, il faut se connaître. Alors, comment faciliter cette harmonie, ce dynamisme entre les anglophones et les francophones? Comment créer des occasions pour que les gens puissent justement connaître l'autre langue et l'autre communauté? Cela peut se faire par la promotion du bilinguisme, par l'apprentissage d'une autre langue, par des échanges entre les étudiants. Il est important de travailler en collaboration avec les provinces et les communautés pour favoriser cet échange et donner lieu à cette harmonie entre les anglophones et les francophones. »

Si l’on met de côté le processus de sélection qui alimente les nouvelles des médias traditionnels et que l’on se concentre sur la personne, je crois que Mme Meilleur pourrait faire du bon travail à titre de commissaire. Sa feuille de route est impressionnante et ses compétences ainsi que ses réalisations ont été saluées par la grande majorité des sénateurs qui lui ont posé des questions hier.

Re-stop! Bien sûr, il faudra la surveiller de près, comme n’importe quel autre commissaire nommé, choisi, élu, sélectionné ou parachuté. Les organisations de défense des droits des personnes vivant dans des communautés en situation linguistique minoritaire feront leur travail comme toujours. C’est bien tant mieux!

Nous devrions tous (francophones, anglophones, Acadiens, allophones, autochtones, immigrants, politiciens ou citoyens) travailler dans le même sens pour que la dualité linguistique soit vue comme quelque chose de positif et de constructif! Mais d’abord, comme l’a dit Mme Meilleur : « Pour vivre en harmonie, il faut se connaître! »

Philippe Daoust

Crédit photo : TFO