Chiac, Brayon et autres couleurs de l’accent acadien!

Qui a véritablement un accent ? Qui n’en a pas? Comment détermine-t-on qu’une personne a un accent ? Selon moi, tous ont un accent et il n’y a pas de langue zéro. Que ce soit du français de Paris, de la Saskatchewan, de la Belgique ou de la Côte d’Ivoire. Nous disons qu’il y a un accent lorsqu’il diffère du nôtre simplement. Pour ma part, j’ai un accent québécois qui lève le voile rapidement sur ma provenance. J’ai eu la chance de traverser le Canada en 2019 et ça ne prenait pas deux phrases que les gens me demandaient « Es-tu originaire du Québec ? »

Ce voyage m’a surtout permis de découvrir les accents francophones du pays. Je trouve que c’est ce qui donne une couleur au langage de chaque individu et fait partie du sentiment d’appartenance.  Il ne faudrait jamais être gêné de cela, et même en être fier ! C’est ce qui rend une langue unique.

C’est d’ailleurs un point qui m’a marqué en interrogeant une amie originaire de la Nouvelle-Écosse. Plus jeune, elle avait adopté un accent moins acadien pour bien se faire comprendre, avant de réaliser qu’elle avait le droit de vivre sa langue et ses origines dans tous les aspects de sa vie.

La base de l’accent acadien

Les Acadiens ont leurs accents bien à eux. Eh oui, vous avez bien lu, LEURS accents ! Il serait faux de dire qu’ils ont tous le même, bien au contraire ! Bien que francophones à la base, ils ont été noyés dans une majorité anglophone qui a grandement influencé leur langage par le passé et aujourd’hui encore. De là sont nés les tournures de phrases, les expressions et même des mots qui ne sont pas utilisés ailleurs. L’origine même de chaque accent dépend aussi de la région, comme une personne de Tracadie au Nouveau-Brunswick ne sonnera pas comme une personne d’Edmundston, aussi dans cette province.

Le Nouveau-Brunswick contient d’ailleurs la plus forte proportion francophone du Canada Atlantique avec 31 % de sa population qui déclare le français comme sa langue maternelle. À Terre-Neuve-et-Labrador il s’agit de 5 %, puis 3 % en Nouvelle-Écosse ainsi qu’à l’Île-du-Prince-Édouard. Les accents ont énormément évolué au fil des années se rapprochant de plus en plus du français standardisé, mais la base acadienne y est toujours bien présente. Et qu’est-ce que cette base acadienne ? Elle est dans l’emprunt des mots anglophones en premier lieu. Selon la région, certains en utiliseront davantage, d’autres beaucoup moins. Somme toute, ce mélange de langues donne la première couleur des accents acadiens.

Hey, c’est right bon cette musique-là ! Bon, j’embarque dans le car et je viendrai back demain !

Hey, c’est vraiment bon cette musique ! Bon, je monte dans la voiture et je reviendrai demain !

Par endroit, l'acadien est teinté du vieux français dont avec l’accent sur le ouisme. La voyelle O devient alors un OU dans certains cas, comme pour le mot chose qui sera prononcé chouse.  La palatalisation des consonnes ainsi que des TI et DI est aussi courante pour certains, avec diable qui devient djab, culottes devenant tchulottes ou encore gueule en djeule. Enfin, le R roulé est plus répandu auprès des Acadiens alors qu’ailleurs en Amérique du Nord, cette tendance est en déclin dans la francophonie.

Une langue, plusieurs accents

Bien entendu, cette base ne correspond pas à 100 % des locuteurs acadiens. L’accent diffère d’une région à l’autre, comme par exemple, à Edmundston avec le Brayon. Ce n’est pas une langue, mais un accent prononcé qu’on entend principalement dans ce secteur et les environs. Même qu’en 2014 un dictionnaire de mots et d’expressions de cette région à vu le jour, soit le Brayonnaire.

Zip ton coat ! T’as toute la falle à l’air !

Remonte la fermeture-éclair de ton manteau, tu as la gorge à découvert ! — Brayonnaire

Le chiac est un tout autre accent, malgré les similitudes, qui a été popularisé à la grandeur du pays avec notamment la musique de Radio Radio, duo composé aujourd’hui de Jacques Alphonse Doucet alias Jacobus (Clare, Nouvelle-Écosse) et de Gabriel L.B Malenfant (Moncton, Nouveau-Brunswick). Le mélange du français et de l’anglais est particulièrement flagrant dans le chiac, plus populaire dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, dont à Moncton.

Espère-moi su’l’corner, ej vas tanker mon truck de soir pi ej va le driver !

Attends-moi au coin, je vais faire le plein de mon camion ce soir et faire une promenade.

Si vous avez la chance de visiter les différentes communautés acadiennes, vous y découvrirez une foule d’autres accents et surtout d’expressions qui oui, pourraient vous demander quelques secondes de réflexion avant de bien comprendre.

Vanessa Lisabelle, blogueuse